Invité de Radio France Internationale, j’ai répondu, ce 1er avril, aux questions de Véronique Rigolet concernant notamment la dégradation des relations entre la France, Israël et les États-Unis, dans le contexte d’une escalade militaire autour de l’Iran.
Face aux critiques de Donald Trump et aux tensions avec l’État hébreu, j’ai appelé à garder sang-froid et constance, tout en réaffirmant la ligne française : soutien à la sécurité d’Israël, attachement au droit international, et engagement indéfectible auprès des partenaires régionaux.
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Verbatim de l’entretien
Véronique Rigolet – Bonjour Olivier Cadic, bienvenue sur RFI.
Olivier Cadic – Merci, bonjour.
Véronique Rigolet – Que vous inspire, on vient de l’entendre, ce sérieux coup de chaud entre la France et l’État hébreu, mais également entre la France et les États-Unis, en pleine guerre contre l’Iran ? Donald Trump fustige Paris qui n’a pas été très aidante alors qu’Israël a laissé entendre que la France ne compte plus parmi ses alliés, entend également mettre fin à ses importations de défense française. Est-ce qu’on est là, Olivier Cadic, dans une crise extrêmement sérieuse avec Israël, pour commencer ?
Olivier Cadic – Je crois qu’avant tout, il faut avoir beaucoup de sang-froid, comprendre qu’effectivement, l’État d’Israël était attaqué et potentiellement est menacé depuis que le régime des mollahs existe. Ils en ont fait, je dirais, le point fort de leur vision stratégique au Moyen-Orient : éliminer l’État d’Israël. Donc, on peut comprendre de la part d’Israël qu’il cherche à se défendre par rapport à cette menace existentielle. Et, en ce sens-là, je pense que la France a toujours été présente aux côtés d’Israël et l’a rappelé en de multiples occasions.
Aujourd’hui, effectivement, l’État d’Israël comme les États-Unis ont décidé de frapper l’Iran sans en avertir justement les alliés dont ils parlent, puisqu’ils nous présentent comme des alliés. Et donc, rappeler qu’effectivement, si on est engagés ensemble dans l’OTAN, ils ont pris cette décision sans en avertir les autres, les autres pays. Donc, on n’a pas eu la possibilité d’exprimer notre position sur le sujet. On voit les conséquences de ces attaques. Aujourd’hui, la France tient son rang. La France est un partenaire fiable qui l’a démontré. Vous l’avez rappelé, le Président de la République a décidé tout de suite d’envoyer le porte-avions Charles de Gaulle et de mettre en place des moyens pour assurer la sécurité de nos ressortissants le cas échéant et aussi de nos alliés.
Véronique Rigolet – Comment expliquer une telle colère aujourd’hui d’Israël ? On connaît la dégradation des relations depuis la reconnaissance de l’État de Palestine par la France. C’était l’été dernier. C’est une situation qui, en plus, ne va pas s’arranger par rapport aux attaques israéliennes contre le Liban. Et alors même qu’Israël dit vouloir occuper une partie du Sud Liban une fois la guerre terminée. Ça reste notre ligne rouge ?
Olivier Cadic – La position de la France par rapport au droit international est connue, établie de longue date et n’a jamais varié. Par rapport à ce qu’il se passe aujourd’hui, la position de la France est invariable…
Véronique Rigolet – Par rapport au Liban, en tout cas, oui.
Olivier Cadic – Par rapport au Liban, la question c’est le Hezbollah. Le Hezbollah, c’est une ingérence étrangère qui vient d’Iran. On voit bien que ce sont les gardiens de la Révolution qui sont maintenant à la manœuvre pour le Hezbollah qui mène un combat direct par rapport à Israël, qui prend en otage la population libanaise en permanence. Encore aujourd’hui, en ce moment, dans les villages chrétiens du Sud Liban qui n’ont pas évacué. On voit que le Hezbollah commence à rentrer dans ces villages pour mener son combat en se servant justement des chrétiens comme de boucliers, de cibles potentielles. On a un vrai sujet avec le Hezbollah. Là, je pense que la ligne de la France est très claire aujourd’hui.
Véronique Rigolet – Tout en condamnant l’intervention israélienne, est-ce qu’il faut que la France, aujourd’hui, renforce encore un peu plus son soutien militaire à l’armée libanaise ?
Olivier Cadic – Complètement. Là, vous touchez un point qui m’est cher. J’étais il y a six semaines au Liban. J’ai rencontré le président Joseph Aoun, le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi. Et donc, le besoin, effectivement, c’est de venir soutenir les forces armées libanaises, leur permettre d’avoir les moyens d’assurer la sécurité du pays, les moyens de désarmer le Hezbollah, c’est impératif. C’était un engagement qui avait été pris lors de l’accord de cessez-le-feu. Et donc, il faut absolument donner les moyens. C’est ce que m’avait demandé le président Joseph Aoun : donnez-moi les moyens, je ferai le job. Il avait repris les mots de Churchill. On a absolument besoin de lui donner effectivement les moyens pour que l’armée libanaise puisse jouer son rôle, ramener l’État à la manœuvre. Parce qu’aujourd’hui, le Hezbollah profite en fait de la faiblesse de la force armée libanaise pour mener ses actions offensives vis-à-vis d’Israël.
Véronique Rigolet – On le disait, Donald Trump s’en est pris également très violemment à la France hier sur un mode menaçant. On s’en souviendra, dit le président américain, qui menace par ailleurs à nouveau de se retirer de l’OTAN. Comment vous expliquez une telle animosité du président américain ? On y sent presque de la nervosité. C’est à cause de cette impasse qui perdure dans le détroit d’Ormuz, sa façon à lui, de Donald Trump, de rejeter d’ores et déjà la faute sur les alliés ?
Olivier Cadic – Je pense que là aussi, il faut avoir beaucoup de sang-froid, prendre de la hauteur, comprendre que les positions du président des États-Unis peuvent varier d’un jour à l’autre. Et donc, pour nous, il faut rester sur la ligne qui est une ligne de partenaire fiable par rapport aux pays du Golfe, par rapport au Liban. Pour bien montrer qu’on ne bougera pas de ligne : on sera toujours aux côtés d’Israël quand Israël sera attaqué. Il faut aussi marteler ça. Nous avons aussi une présence française dans tous ces pays. Il y a quand même quatre cent mille Français qui vivent dans cette zone. Nous ne l’oublions pas. Où qu’ils soient, nos compatriotes doivent savoir une chose : c’est que la France ne les lâchera pas. On est avec eux. Et donc, pour tous ces pays, il faut qu’on comprenne qu’il y a une ligne qui est la ligne de la France, qui ne varie jamais, même si les autres peuvent changer d’un jour sur l’autre.
Véronique Rigolet – C’est ce que le président Macron, depuis le Japon où il se trouve en visite officielle, a vanté ce matin : la prévisibilité de la France contre l’imprévisibilité américaine. Parlant justement de cette imprévisibilité, le président américain dit qu’il s’apprête à mettre fin à la guerre dans deux ou trois semaines, mais tout en préparant en parallèle un possible assaut. Si tel devait être le cas est-ce que la France pourrait rester dans la région, sur cette ligne défensive où elle est aujourd’hui, mais avec le Charles de Gaulle, avec cette armada présente dans la région ? C’est un souci ?
Olivier Cadic – La France est à sa place. C’est une puissance qui a une capacité militaire. Regardez dans l’Union européenne, il y a peu de pays qui ont cette capacité. On a besoin de la France. J’étais la semaine dernière avec l’ambassadeur des Émirats arabes unis qui rappelait toute la reconnaissance que les Émirats avaient pour la France, sa position, sa capacité à intervenir en soutien pour pouvoir défendre leur territoire. C’est important que la France reste toujours solide dans sa réponse, qu’on ne se laisse pas entraîner s’il y a des excès.
Moi, je suis très fier, vraiment, de ce que la France fait aujourd’hui, parce que ce n’est pas une position facile, parce que justement nos partenaires, parfois, agissent sans nous prévenir et on doit donc agir en fonction des conséquences. Cette ligne-là est très importante. C’est ce qui fera que dans le futur, nous serons fiers des décisions qui ont été prises aujourd’hui. Toujours se souvenir que l’histoire va nous juger. Si l’Iran menace l’intégrité d’Israël, il est important qu’Israël sache qu’on sera à ses côtés. Et, en tout état de cause, si les conséquences des attaques, des frappes sur l’Iran, c’est que nos partenaires au Moyen-Orient, donc dans le Golfe, sont attaqués, il faut qu’ils sachent qu’on sera là en toutes circonstances pour les aider à se défendre. C’est une position de défense.
Véronique Rigolet – On vous a entendu. Merci Olivier Cadic. Bonne journée.











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