Ce 4 février, notre commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées a auditionné Gaspard Estrada, directeur exécutif de l’Observatoire politique de l’Amérique latine et des Caraïbes (OPALC) à Sciences Po, politologue à l’unité du Sud Global à la London School of Economics.
Je me suis étonné auprès de M. Estrada du silence des démocraties européennes face à la transition démocratique engagée au Venezuela et alerté sur l’extension du crime organisé en Amérique latine, nourri notamment par les précurseurs chimiques chinois, et des répercussions directes jusqu’en Europe.
VERBATIM de mon intervention
Merci de vos propos. Vous avez mentionné la rivalité stratégique entre la Chine et les États-Unis en Amérique latine. Elle se démontre aussi par l’arrivée des précurseurs chimiques chinois qui arrivent par les ports. Vous avez parlé de Shanghaï, mais la cocaïne se compose aussi des précurseurs chimiques chinois qui envahissent donc l’Amérique latine. C’est un des sujets qui va m’amener à vous parler du développement du crime organisé et donc des cartels, qui sont considérés désormais comme des organisations terroristes aux États-Unis et qui, à mon avis, c’est un peu le game changer, parce qu’on parle de trafic de drogue, mais on aurait pu parler de l’Orénoque et donc de ce que font les militaires vénézuéliens aux sources donc de l’Orénoque pour faciliter le trafic de métaux précieux.
Mais on aurait pu parler aussi du trafic d’êtres humains, de tout ce qui se passe sur cette zone. Vous avez justement rappelé la présence de l’ENL et puis, justement, la proximité entre la Colombie et le Venezuela dans ce domaine. Donc, je pense que c’est effectivement une raison qui nous amène à nous préoccuper de ce qui se passe aussi en Colombie.
Mais il y a quand même une transition démocratique qui est en route au Venezuela. On n’en parle pas, mais il faut quand même rappeler qu’Edmundo González Urrutia a été élu avec 70% des voix. On fait comme si ce scrutin n’avait pas existé. C’est quand même un peu surprenant, puisqu’en réalité le devenir de ce pays est pour l’instant imbriqué dans des réseaux d’influence et d’ingérence : l’Iran, la Russie, la Chine, Cuba au Venezuela. C’est un vrai sujet, mais aussi les acteurs tels que le Hezbollah, aussi présents.
J’aimerais savoir ce que vous pensez de ce qui se passe et de l’impact avec l’Iran, les groupes paramilitaires, les organisations criminelles. Aujourd’hui, ce qui est un peu étonnant, et j’aimerais avoir votre opinion là-dessus, c’est qu’on réagit beaucoup pour le Groenland, on réagit beaucoup avec ce qui se passe en Iran, mais personne ne s’inquiète de la transition démocratique au Venezuela, au niveau de l’Europe, au niveau de la France, alors qu’on est à une heure de là-bas.
Personne n’est vocal sur le sujet pour pousser vers cette transition démocratique. Il y a eu un vote, il faut le faire respecter. Qu’est-ce qui fait que les démocraties n’ont pas la force de faire respecter les votes démocratiques d’un peuple comme le Venezuela, les Vénézuéliens ? Cela m’interroge. Et puis aussi, comment réagir face au développement des cartels, puisque nous sommes maintenant nous-mêmes affectés par leur développement ici, sur le territoire européen. Merci.
Réponses de Gaspard Estrada :
. Sur le narcotrafic, il estime que la réponse ne peut être que transnationale, en renforçant nos coopérations en matière d’entraide judiciaire et policière, et en s’attaquant aux circuits financiers des organisations criminelles afin de casser leur modèle économique.
. Saluant l’annonce d’une amnistie pour les prisonniers politiques, Gaspard Estrada considère toutefois que l’enjeu central reste l’absence d’un calendrier électoral clair et de garanties sur les conditions du scrutin, point sur lequel la France devrait désormais exercer une pression prioritaire.











0 Commentaire
Publiez votre commentaire