Aziz Senni pourrait être un personnage de roman. Ce serait l’histoire d’un Jeune des cités, ainé de six frères et soeurs, débarquant à l’âge de deux mois au Val Fourré dans les bras de ses parents venus du Maroc. Il décide en l’an 2000 de créer son entreprise à Mantes la Jolie même. Il a 23 ans à peine, inconscient sûrement. Cocteau écrirait qu’il ne savait pas que c’était impossible, alors il l’a fait.

Aziz est aujourd’hui un entrepreneur épanoui dirigeant le premier réseau francilien de transport à la demande, autrement dit de taxis collectifs « plus rapide qu’un bus, moins cher qu’un taxi » (www.atafrance.com). Chaque mois, il édite 70 feuilles de paie, ce n’est pas la moindre de ses fiertés.

L’association des anciens de Sciences-Po, Alumni UK, présidée par Stéphane Rambosson, a eu l’heureuse idée d’inviter cet entrepreneur d’un genre nouveau à témoigner de son parcours qu’il a si bien relaté dans un best-seller : « L’ascenseur social est en panne… j’ai pris l’escalier » (Edition L’archipel- 2005). Et depuis, Aziz essaie de le réparer ce fichu ascenseur en multipliant les initiatives auprès les habitants des cités afin qu’ils prennent leur destin en main. Il a ainsi fondé, en 2002, l’Association nationale des jeunes entrepreneurs (ANJE) afin d’accompagner les créateurs issus des quartiers, ou encore la BAC (Business Angel des Cités), en 2007, premier fond d’investissement dédié à la création et au développement d’entreprises en banlieue.

Son énergie et son charisme décuplent la force de son message : il n’y a aucune fatalité, rien ne vous condamne à végéter en bas de l’échelle si vous ayez un peu d’ambition, d’initiative, d’envie d’innover, parce qu’entreprendre est une merveilleuse aventure… qui ne dépend que de vous ! Aziz rappelle que 25% de la population nait dans les banlieues.

A mon sens, Aziz remet l’esprit d’entreprise au coeur de la cité et pas seulement des cités. La France manque globalement d’entrepreneurs. Aujourd’hui, tout diplômé réfléchit à deux fois avant de se lancer dans la création d’entreprise. C’est long et c’est risqué avant de toucher au but. Et encore, rien n’est jamais acquis.

L’esprit d’entreprise est un feu sacré. Avec le temps, des entreprises oublient parfois qu’elles doivent continuer à entreprendre, elles s’assoupissent et finissent par être déposées par de nouveaux entrants qui régénèrent l’offre existante à l’aide de nouvelles briques technologiques, scientifiques ou socio-culturelles. Le malheur veut que les esprits les mieux formés se désintéressent de ce challenge qui est le plus difficile, mais le plus beau : réinventer le monde. Le mot entrepreneur a été forgé au XIXème par l’industriel et professeur au Cnam, Jean-Baptiste Say. Les Anglo-saxons utilisent ce terme français parce qu’il n’a pas d’équivalent dans leur langue. Le business man, c’est tout autre chose.

Aziz Senni vantait l’autre soir ces jeunes qui avaient fait le grand saut de la création d’entreprise au sein de son association. Quand on n’a rien à perdre, tout est à gagner. Ce message m’a renvoyé à mes souvenirs. A vingt ans, c’était cet esprit qui m’animait lorsque j’ai créé mon entreprise.

J’aime beaucoup Aziz Senni et je remercie Stéphane Rambosson de m’avoir donné l’opportunité de le rencontrer lors de cette soirée brillamment animée par Xavier Quattrocchi-Oubradous.

Pour information, vous pouvez lire :
– Son dernier livre : « Monte ton biz, les 10 commandements de l’entrepreneur des cités » (Edition Pearson – Novembre 2010)
– Son interview par l’Express « Aziz Senni, l’entrepreneur des banlieues qui voulait changer de vie » (5 avril 2011)