En remettant son rapport sur les maternités, la Cour des comptes a raison de qualifier nos résultats de médiocres, au regard des indicateurs de périnatalité. Avec un taux de 2,3 pour mille, la France se classe au 17ème rang européen de la mortalité néonatale – les 27 premiers jours après la naissance. Une position qui est loin de l’idée que nous nous faisons de notre système de santé, d’autant que nos pays voisins justifient de progrès en matière de sécurité des naissances.

Antoine Durrleman, président de la sixième chambre de la Cour des comptes, nous a solennellement avertis que « Le trésor de notre système de soins, c’est la confiance des patients. (…) Si la confiance n’est plus là, c’est l’ensemble du dispositif qui est mis en risque ».

Comment font les autres ? Ceux qui ont de meilleurs résultats ? Devant la commission des Affaires sociales, j’ai évoqué le cas de la Grande-Bretagne où il n’est pas rare que les femmes accouchent à l’hôpital et rentrent le soir même à la maison. C’est ce que fit Cherie Blair, sous les caméras du monde entier, lorsqu’elle mit au monde son fils Leo, en mai 2000, surnommé millennium baby par la presse locale.

EnceintePersonne ne trouva rien à redire à cette pratique, parce qu’elle s’accompagne d’une visite quotidienne de la sage-femme au domicile de la mère. Cette professionnelle de santé s’assure que le nouveau-né vit dans un environnement approprié et que sa maman sait procéder aux gestes du quotidien.

J’ai donc regretté que le rapport ne fasse aucune préconisation pour créer un réseau axé sur l’accompagnement à domicile, en prolongement de l’action des maternités. Ce système rencontrerait la recommandation n°8 de la Cour qui vise à « réduire les coûts par la baisse de la durée moyenne de séjour ».

Ce dispositif serait, de mon point de vue, un excellent moyen de protéger l’enfant et de rassurer la maman. Nous sommes trop focalisés sur le réseau de maternités. Du reste, dans sa recommandation n°6, la Cour suggère que les femmes enceintes « en situation de précarité » bénéficient d’une « meilleure articulation des acteurs de médecine de ville et hospitalière ».

Autre regret, pourquoi ne pas préconiser des objectifs chiffrés dans la lutte contre la mortalité néonatale ? Nous le faisons bien en matière d’accidents de la route. Lorsqu’on ne dispose pas d’objectif, on ne risque pas de les atteindre ! 16 ans après les décrets du 09 octobre 1998, introduisant de nouvelles normes pour sécuriser les naissances, notre situation est toujours critique. Dans 33 maternités, le taux de mortalité représente le double de la moyenne ; dans d’autres, le taux atteint 15 à 20 pour 1000 ! Où en serons-nous dans 16 ans ?

Antoine Durrleman a confirmé que les indicateurs étaient meilleurs en Grande-Bretagne, à taux de natalité comparable. Au sujet de l’accompagnement à domicile, il a aussi accrédité que la pratique s’était banalisée, en précisant que certains pays pratiquaient même l’accouchement ambulatoire ! C’est le cas de la Suisse, « où le temps de l’accouchement n’est qu’un moment de la prise en charge », a-t-il résumé. Bien sûr, dans ce domaine comme ailleurs, il faut envisager de changer nos habitudes. Le plus dur à bouger, ce sont toujours les mentalités. Lire l’audition « La situation des maternités en France » du 21 janvier.

Photo Flickr de Frank de Kleine