Ils seraient fort étonnés les élèves du lycée Charles de Gaulle si on leur disait que Jacques Iselin a traversé bien souvent la grande salle qui porte désormais son nom. Rien à voir avec un général d’Empire, un parlementaire de la IIIème République ou autre vieille baderne qui peuplent nos dictionnaires. Non, juste un ancien prof d’arts plastiques du lycée, de 1956 à 1997. Un prof que ses élèves adoraient. Si cela ne tenait qu’à Jacques Iselin, il se satisferait amplement de cette image posthume.

Jacques Iselin (1933-2003)

Nous ajouterons qu’il était un grand artiste.

Enseigner ce n’est pas remplir des vases, mais allumer des feux. Cette formule de Montaigne illustre au mieux la démarche de Jacques. Combien sont-ils les élèves dont il a révélé la sensibilité intérieure, développé le sens du beau et, parfois même, fait éclore une vocation?

Son immense culture ne présentait pour lui de sens que si elle pouvait aider autrui, en commençant par se mettant à la portée de chacun. Pourtant, il se gardait bien d’être professoral. Il suffisait de lui demander ce que représentait telle ou telle peinture pour qu’il vous réponde, un sourire en coin : « Mais, tu y vois ce que tu  veux… ». Le théâtre étant son péché mignon, il adorait produire ces petits effets, à contre-emploi de la posture traditionnelle du prof.

Si pendant quarante ans il a enseigné avec passion, sa nature réservée, parfois secrète, reprenait le dessus dans son atelier de Fulham, où il réalisé avec intensité une oeuvre picturale abondante, dont nous pourrons voir une partie à Hastings, dès le 29 février prochain. L’anecdote est plaisante : la galerie d’art a prié Hélène, femme de Jacques, de donner un titre pour chaque pièce exposée, un détail dont ne s’était pas encombré son peintre de mari.

Dans cette tâche délicate, elle a pu compter sur l’assistance précieuse et réconfortante de Jean-Luc Muller, l’ami musicien de Jacques, le complice de quinze années de conversations tous azimuts et de créations théâtrales. « Nous avons, ensemble, essayé de ne pas trahir  le message que Jacques voulait transmettre lorsqu’il nous a fallu traduire par des mots les images, les sentiments et l’esprit de ses oeuvres », explique Hélène. « Y sommes-nous arrivés?… Avons-nous réussi ?… Seul Jacques pourrait l’affirmer ou l’infirmer », sourit-elle.

Un jour glacial de janvier 2003, devant la dernière demeure de son ami, le musicien Jean-Luc Muller s’était déjà chargé de trouver les mots qui convenaient. Et il les a prononcés ces mots, si justes et denses qu’ils ont résonné au coeur de tous comme la complainte d’un violoncelle :

« … Je vois ce regard, cet oeil qui écoute et l’autre qui pense.. Je vois cette barbe de patriarque respecté.
Jacques était un créateur, un concepteur d’idées, un artiste authentique chez qui, d’ailleurs, je trouvais un petit côté visionnaire.
C’était un plaisir de le voir en action… tour à tour conteur, historien ou homme de terrain et bien sûr, prof d’art hors pair.
Altruiste, il insufflait cette énergie qu’il  aimait appeler la “charge émotionnelle”, une espèce d’énergie ravageuse  dont on ne sortait pas indemne.
Je garde de Jacques une image, celle d’une palette de couleurs vives, comme ses peintures. »

La biographie de Jacques Henri Iselin (fichier pdf)

Exposition Jacques Iselin, du 29 février au 14 mars 2012
Hastings Arts Forum, 36 Marina, Saint Leonards on Sea, Sussex, TN 38-OBU.
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